PILOTER LES DÉPLACEMENTS DES VILLES DE DEMAIN

Pionnière dans la gestion de flottes de véhicules autonomes, la scale-up Bestmile commercialise désormais sa technologie dans de nombreuses villes suisses et étrangères.

C’est en participant à un projet de recherche de l’EPFL que Raphaël Gindrat et Anne Mellano ont eu l’idée de créer leur start-up. L’institution académique venait de remporter la possibilité d’expérimenter une petite flotte de navettes autonomes sur son campus pendant six mois. «À l’époque, tout le monde se concentrait sur le fonctionnement des véhicules sans chauffeur mais personne ne réfléchissait à la manière dont une entreprise de transport allait pouvoir gérer sa flotte de véhicules, se souvient Raphaël Gindrat, CEO de l’entreprise. Et puis, l’EPFL allait recevoir ses navettes. Il fallait bien que quelqu’un s’en occupe.» Bestmile est ainsi née à Lausanne en janvier 2014. Depuis, elle a ouvert des bureaux à San Francisco et Londres, pour développer des partenariats à l’étranger.

La start-up a mis au point un logiciel qui permet de coordonner et d’optimiser les trajets d’une flotte de véhicules autonomes dans un périmètre défini, à l’instar d’une tour de contrôle dans un aéroport. Une innovation qui s’inscrit dans l’essor des smart cities, ces villes dont l’utilisation des ressources et le déploiement de services sont optimisés grâce aux nouvelles technologies. Le dispositif de Bestmile a intéressé l’entreprise CarPostal. Le premier contrat commercial a ainsi concerné l’équipement de cars autonomes sillonnant le centre-ville de Sion. Depuis, d’autres ont suivi: les régies de transports publics genevoises et fribourgeoises, les CFF pour un dispositif de mobilité à Zoug, ainsi qu’un projet dans la région de Cossonay.

CHIFFRES-CLE

20%

la croissance annuelle moyenne du nombre d’emplois

CHF 15 millions

les fonds levés depuis 2016

60

le nombre de collaborateurs à travers le monde en 2018

31’000

les courses de taxis quotidiennes qui pourraient être réalisées avec seulement 200 voitures connectées dans une ville comme Chicago, contre 2.800 actuellement

Assurer la transition

À l’étranger, des leaders mondiaux du secteur comme la RATP, Keolis ou First Transit ont fait appel à la startup vaudoise. Cette dernière a depuis peu conquis Alto, concurrent américain d’Uber qui gère un système de transport à la demande avec des conducteurs humains. Si sa marque de fabrique reste la gestion de véhicules autonomes, Bestmile commence à adapter sa plateforme à des systèmes de transport conventionnels. «Nous devons assurer cette transition, poursuit Raphaël Gindrat, car elle pourra prendre cinq ou vingt ans selon les pays.»

En 2016, un premier tour de financement de 3,5 millions de dollars a permis à la start-up de passer de 5 à 20 employés. L’année suivante, une nouvelle levée de fonds de 11 millions de dollars lui a permis de croître à 55 collaborateurs, dont une dizaine sont répartis à travers le monde pour le développement commercial, essentiellement aux Etats-Unis et en Asie.

L’attachement au canton de Vaud

Aux yeux de Raphaël Gindrat, la région vaudoise constitue un pool important de talents, de par la présence de Hautes écoles et d’instituts de recherche de pointe. Une grande partie des investisseurs qui ont soutenu Bestmile dès 2016 étant suisses, l’entrepreneur considère que rester dans la région a tout son sens. «La Suisse n’est pas un pays d’automobiles; elle est en revanche réputée pour la qualité de ses systèmes de transport. C’est un argument sur lequel nous pouvons jouer.»

Au printemps 2017, Bestmile a obtenu le label Scale-up Vaud, qui encourage les jeunes pousses affichant une croissance moyenne du nombre d’emplois de plus de 20% par an et possédant une ambition de développement à l’international. Une marque de reconnaissance, qui lui a surtout permis d’échanger conseils et bonnes pratiques avec les autres membres du réseau.

«Les organismes du canton de Vaud nous ont beaucoup aidés. Ils ont très bien compris la problématique de l’évolution d’une start-up, qui, après quelques années d’existence, se retrouve plus isolée.»

Raphaël Gindrat
CEO, Bestmile

À l’avenir, la scale-up souhaite développer des collaborations avec les constructeurs automobiles eux-mêmes. «La plupart d’entre eux vont lancer leur propre entreprise de transport en déployant leur flotte de véhicules. Nous voulons devenir un partenaire de choix quand ils feront le pas.» En juin dernier, l’entreprise a quitté ses bureaux de l’EPFL pour s’installer dans un espace plus vaste à l’avenue de Rhodanie. Ou comment quitter son cocon pour véritablement prendre son envol.

UNE AIDE PRÉCIEUSE DE LA PROMOTION ÉCONOMIQUE

Durant ses premières années d’existence, Bestmile a bénéficié du soutien du SPEI et de celui d’Innovaud. Si le SPEI a financé le recrutement de personnel qualifié pour la R&D ainsi que des frais lors de la participation à des événements internationaux, Innovaud a mis un coach à la disposition de la start-up et l’a accompagnée pour obtenir un prêt FIT TECH GROWTH de la Fondation pour l’innovation technologique (FIT). «Les organismes du canton de Vaud nous ont beaucoup aidés, témoigne Raphaël Gindrat, CEO de Bestmile. Ils ont très bien compris la problématique de l’évolution d’une start-up, qui, après quelques années d’existence, se retrouve plus isolée. L’attribution du label Scale-up Vaud a représenté une nouvelle aide, en matière d’échanges et de réseautage.»